Kingston-Corbières : du reggae au Bull Terrier, le parcours singulier de l’éleveur Ludovic Lubert

Kingston-Corbières : du reggae au Bull Terrier, le parcours singulier de l’éleveur Ludovic Lubert #

Pendant quinze ans, sa vie a tenu sur quatre cordes. Bassiste, biberonné à la musique jamaïcaine, Ludovic Lubert a usé les scènes et les balances avant de troquer l’ampli pour la garrigue. Aujourd’hui, à Generville, dans l’Aude, il élève des Bull Terriers standard et miniatures sous l’affixe Kingston-Corbières, et il en parle exactement comme il parlait de musique : une histoire de basse, de flow et de morceaux qui « sonnent juste ».

Derrière la formule, il y a une méthode, une lignée et un palmarès. Portrait d’un éleveur atypique qui a fait du Bull Terrier sa seconde évidence.

1996, un chien nommé Huxley #

La passion, elle, est plus ancienne que l’élevage. Passionné de chiens depuis l’enfance, Ludovic Lubert rencontre son premier Bull Terrier en 1996. Il s’appelle Huxley. « Cette tête ovoïde, ce profil incliné qu’on appelle le downface, ce regard de clown sérieux : je n’ai plus jamais regardé une autre race de la même façon », raconte l’éleveur. La silhouette si particulière du Bull Terrier, ce crâne en forme d’œuf qui ne ressemble à aucun autre chien, devient une obsession qui ne le quittera plus.

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Il faudra pourtant attendre encore plusieurs années avant que la passion ne devienne un métier. Entre-temps, il y a la musique.

Du grave reggae à la tête ovoïde #

« Avant les chiens, il y a eu la basse, les balances, les scènes », résume-t-il. « La musique jamaïcaine m’a appris une chose : un morceau ne tient pas par hasard. Il tient parce que chaque élément est à sa place, parce que le grave porte tout le reste. » Quand il commence à composer ses premières portées, il retrouve le même geste, et la même grammaire.

« Je compose une portée comme un morceau », dit-il. « La santé, c’est la basse : sans elle, rien ne tient debout, on n’entend que les défauts. La personnalité, c’est le flow : ce qui fait qu’un chien a une voix à lui. » L’image fait sourire, mais elle structure toute sa démarche d’éleveur : on ne marie pas deux Bull Terriers pour la facilité, on les marie pour qu’ils s’accordent.

Un élevage de l’Aude bâti sur la santé #

Éleveur depuis 2012, Ludovic Lubert obtient l’affixe Kingston-Corbières en 2017. Sa première portée de Bull Terrier miniature inscrite au LOF naît en 2018, de Jaya et d’Iron Bull. L’élevage s’installe à Generville, au cœur de l’Aude : de la garrigue, du soleil, et de la place pour les chiens.

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C’est sur la santé que tout repose. Avant chaque mariage, les reproducteurs passent une batterie de tests : dépistage de l’acrodermatite létale (LAD) et de la paralysie laryngée par test ADN, contrôle de la luxation du cristallin, dépistage de la surdité oreille par oreille (test d’audition BAER), auscultation et échographie cardiaque, bilan rénal par RPCU et échographie. Quatre tests pour les standards, six pour les miniatures, une race réputée plus fragile. « La santé, c’est la basse », répète-t-il. Rien de négociable.

Des lignées qui « sonnent juste » #

Un élevage sérieux se reconnaît à ses fondations. Côté miniatures, Kingston-Corbières s’appuie sur le travail de Georg Scherzer, l’éleveur allemand de l’affixe « Von der alten veste », référence de la variété. Côté standards, la maison construit sur les lignées de Madame Chaube (« Unfailing »). Tous les chiens sont inscrits au LOF.

Le résultat se lit au palmarès : une vingtaine de distinctions, huit champions, et des titres confirmés par la Société Centrale Canine. On y trouve des Jeunes Champions de France, un Champion International de Beauté, un Champion de Slovénie, et une belle moisson à la Nationale d’élevage du Club Français de l’Amateur de Bull Terrier (CFABT) 2021, avec un Meilleur Jeune et un Meilleur de Race. Derrière ces résultats, des chiens devenus des repères de la maison : Iron Bull, Oulala, Twinkle Light Teena, Original Obadiah ou Raggamufin Rambo Akee. « Un titre ne fait pas un bon chien, mais il confirme un travail de lignée », nuance l’éleveur.

Le clown-gladiateur #

Si le Bull Terrier fascine autant qu’il intimide, c’est qu’il cumule deux réputations. Celle d’un molossoïde puissant, le « gladiateur » des arènes d’autrefois. Et celle d’un pitre incorrigible, joueur, têtu, malin, profondément attaché aux siens. « Petit par la taille, immense par le caractère », résume Ludovic Lubert à propos de la version miniature. Un clown-gladiateur loyal, sensible au lien, doux avec les siens, qu’il décrit comme « robuste et solaire ».

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Chez Kingston-Corbières, l’adoption ne se fait jamais sur un coup de tête. « Un chiot, ça commence par une conversation », explique l’éleveur, qui tient à connaître les familles avant de placer un chien. Pour qui veut comprendre cette race entière et exigeante, l’élevage de Bull Terrier Kingston-Corbières présente ses reproducteurs, ses portées et sa philosophie sur son site. Les curieux y trouveront aussi le palmarès complet de ses Bull Terriers, fiche par fiche.

Du reggae à la garrigue audoise, Ludovic Lubert a changé d’instrument mais pas de méthode. Il compose toujours, sauf que ses morceaux ont désormais quatre pattes et une tête en forme d’œuf.

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